Le Parti socialiste “va dans un premier temps déposer un recours contentieux devant le Conseil d’Etat”, a annoncé Christophe Bergel, secrétaire national du PS en charge des élections. Les socialistes n’acceptent un redécoupage de la carte des circonscriptions législatives qu’ils jugent “partial” et partisan”.

Premier projet depuis 1986
Selon Christophe Bergel, la nouvelle carte électorale va rendre “l’alternance plus difficile dans notre pays”. Idem pour la socialiste Aurélie Filippetti qui voit sa circonscription de Moselle parmi les 33 supprimées.
Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, a répondu que le découpage de 1986 avait fait sortir les crocs de la gauche. Ce qui n’a “pas empêché” à la France de vivre “quatre alternances depuis”.
C’est le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Alain Marleix, qui a présenté mercredi le projet de redécoupage électoral. Comme pour le dernier opéré par Charles Pasqua, les circonscriptions égalent le nombre de députés maintenu à 577. La nouvelle carte électorale devrait entrer en vigueur lors des prochaines élections législatives. Le découpage paraîtra sous forme d’ordonnances. Celles-ci seront au coeur d’un débat de ratification express qui se déroulera début octobre au Parlement.
Un député pour 125 000 électeurs
Depuis 20 ans, la population française a augmenté de 55 à 64 millions d’habitants. Ce nouvel élément induit un changement de taille. Désormais, il y aura un député pour 125.000 électeurs, contre 108.000 aujourd’hui. Si le projet fait état de trente-trois supressions de circonscriptions, elles seront compensées : création de 22 circonscriptions dans seize départements et trois collectivités d’outre-mer que sont la Polynésie, Saint-Martin/Saint-Barthélémy, et Mayotte. Et 11 pour représenter les Français de l’étranger, une grande première.
“Notre but est de réduire les disparités et les écarts entre les différentes circonscriptions”, a commenté Alain Marleix. “Actuellement il y a un rapport allant jusqu’à 1 à 7 : 35.000 habitants dans la 2ème de Lozère et 220.000 dans la 6ème du Var”. La Lozère qui, comme la Creuse, va perdre un élu. La règle d’un minimum de députés par département a été censurée par le Conseil constitutionnel, bien que le gouvernement souhaitait la garder.
Un PS indigné
Aussitôt le porte-parole du Parti socialiste a fulminé. D’après Benoît Hamon, ce redécoupage permettrait à la majorité actuelle d’”empocher 30 sièges de plus à l’Assemblé nationale, sur la base des résultats de 2007.” Les 33 circonscriptions supprimées étaient détenues pour 18 d’entre elles par un député de gauche.
Même constat à Paris, où trois des 21 sièges vont disparaître. Le maire Bertrand Delanoë a fustigé le gouvernement de tentative de mainmise sur la capitale, pointant un “charcutage” électoral”. “Ca ne trompe personne”, a-t-il déclaré, prêt à combattre “bec et ongles”.
Mais, Alain Marleix assure que l’opposition bénéficierait de la création de nouveaux sièges.
Pas de cas ouvertement défavorable à la gauche
Pour Benoît Hamon, c’est un coup de massue. Selon lui, “pour que nous puissions envisager demain avoir une majorité de sièges à l’Assemblée nationale, il faudrait que nous réunissions 51,3% des suffrages exprimés dans une élection législative”. Le porte-parole du PS a précisé que le parti était “prêt à travailler” sur le projet mais que “commission indépendante a refusé de recevoir le PS.” “Ce travail-là s’est fait dans la plus totale opacité”, a-t-il déploré.
“Aujourd’hui nous sommes confrontés à un choix, une tentative du gouvernement de faire passer une réforme de la carte électorale qui lui assure une majorité durable sauf à ce que la gauche réussisse à réunir 51,3% minimum des suffrages exprimés”, a-t-il expliqué.
“Le PS raconte de gros mensonges”, a rétorqué Alain Marleix. “Les autres partis ne sont d’ailleurs pas sur la même ligne”. Géographe et auteur d’atlas électoraux, Frédéric Salmon juge ces chiffres “extrêmement difficiles à vérifier pour le moment”.
A part le Tarn, aucun cas ouvertement défavorable à la gauche, estime-t-il. Mais au contraire, dans l’Hérault, il remarque une circonscription en étoile créée à Montpellier, “visiblement réservée à la gauche”.
Il note aussi quelques curiosités, comme des circonscriptions éclatées en plusieurs morceaux (6ème du Finistère, 8ème du Pas-de-Calais).
Des règles validées par le Conseil d’Etat
Devant les dires de Benoît Hamon, le ministre de la Relance Patrick Devedjian, a blamé au micro de Europe 1 des socialistes “pas très bons en calcul” et “pas très bons non plus dans les élections”.
Le ministre a réfuté le calcul des 51,3% pour avoir une majorité à l’assemblée nationale. Et de souligner que redécoupage était une “obligation constitutionnelle”. “On était plutôt en retard de ce point de vue là. Donc ça a été fait”, s’est-il félicité.
“Et ensuite, les règles qui ont été posées pour procéder à ce redécoupage ont été validées par le Conseil d’Etat qui a donc considéré que c’était équitable”, a conclu Patrick Devedjian.
Laurène Després
Source: Nouvel Obs









