“Zen”, “serein”, “apaisé”, “calme”. Il y a encore très peu de temps, ces adjectifs rarement acollés au nom Sarkozy. Un an après sa victoire dans la bataille de la réforme des institutions, le chef de l’Etat donne encore du fil à retordre à une opposition qui peine à le suivre.
Une communication mieux ficelée
A l’origine du changement, les conseillers de Nicolas Sarkozy. Parmi eux figure le publicitaire Jean-Michel Goudard. Directeur de la Stratégie, l’accolyte de Jacques Chirac en 1995 revient sur le devant de la scène en 2006. Auteur du “Ensemble tout devient possible”, il se retire en Suisse après la présidentielle de 2007. Le retraité de la pub fait son grand retour en 2008 lorsque Nicolas Sarkozy fait de nouveau appel à lui.

Maître de la communication, il régit les petits papiers de l’Elysée. Au menu : sérénité, équilibre, réserve. Goudard veut s’assurer de l’effet de surprise et éviter les fuites.
La communication de l’Élysée vit un grand séisme. Le «G7», qui réunissait régulierement sept ministres proches du président, n’est plus à l’ordre du jour. Désormais, il se rassemble à 7 h 30 du matin, allégé autour de Claude Guéant et Jean-Michel Goudard. “Vous savez pourquoi les journalistes ne s’intéressent plus à nous ? Parce qu’on fait du fond, et qu’on ne fait pas de petites phrases”, s’est récemment félicité Xavier Bertrand.
Sans Nicolas Sarkozy, les cinq ministres présents aux réunions oublient de faire valoir leur ralation avec le “patron”. Ainsi, le choix de s’adresser au Congrès du Parlement est-il resté totalement confidentiel. Idem pour la nomination de Frédéric Mitterrand comme de l’appel aux deux ex-premiers ministres, Michel Rocard et Alain Juppé pour le futur emprunt. Quant au remaniement, un ministre assure que «le président a récompensé ceux qui ont réussi sans faire de coups tordus, et sans abuser de petites phrases».
Un changement plus profond
Le chef de l’État a lui-même évolué vers plus de prudence, patience et discrétion. “Vous ne devenez pas président de la République au moment de l’élection ! Ni bon conducteur quand vous réussissez votre permis”, explique l’un de ses proches conseillers. C’est ainsi que depuis quelques mois, Nicolas Sarkozy estime avoir trouvé le bon tempo : “entre le trop et le pas assez”, selon son entourage.
Prenons l’exemple des Antilles. “D’habitude, le président souhaite une réaction immédiate, et sa première intuition a été de se rendre tout de suite sur place. Finalement il aura attendu trois mois avant d’organiser son voyage, qui a été l’un de ses plus réussis en outre-mer.”, dixit ses proches.
Le débat sur l’emprunt résulte de la même mouvance. Nicolas Sarkozy ne souhaite plus saturer les Français de réformes. Il axe sa politique sur la digestion : de grands débats qu’il utilisera ensuite pour occuper le terrain face à l’opposition.
Lors de la réunion du matin, force est de constater que le président met un peu plus de distance avec ses collaborateurs. Un ministre souvent pris pour confident affirme : “Il garde le secret plus qu’avant.” “Il veut se donner la liberté de décider”, déclare un autre proche du président.
Et si “en ce moment, pour Nicolas, tout est amour !», comme a ironisé l’un de ses visiteurs du soir, le président Sarkozy peut se targuer d’avoir réussi en un peu plus d’un an et demi l’opération “changement d’image”, qui était en marche depuis 2008.
Laurène Després
Source: Le Figaro









